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Un Conseil Métropolitain bouleversé par la lutte à l’Université Rennes 2

(photo : E.Le Bert)

L’Assemblée de Rennes Métropole est informée, par son Président, en ouverture de séance, que l’ordre du jour est modifié pour permettre l’intervention du Président de l’Université de Rennes 2, M. Olivier David, afin d’évoquer la situation à Rennes 2.

Contexte :

Le jeudi 17 mai, au matin, les examens de l’Université de Rennes n’ont pu se tenir du fait de la mobilisation d’une partie des étudiants. Ces étudiants sont en lutte contre les effets de la loi ORE. La mobilisation a lieu, à Rennes 2, depuis février 2018 avec une amplification du mouvement depuis la fin du mois de mars. Le président de Rennes 2  rappelle les éléments suivants : la mobilisation ne touche pas que les étudiants elle concerne aussi de façon intense les professionnels des universités tant sur la réforme elle même que sur des questions d’organisation et de moyens. Le mouvement est puissant.

Le Président de Rennes 2 indique qu’il y a eu en avril une AG qui a réuni 6 000 étudiants. Il revêt des formes de radicalité qu’il trouve assez inédites au regard d’autres mobilisations antérieures. Le conflit dans les universités s’inscrit dans un contexte social général lourd. Rennes 2 est l’une des universités les plus touchées par le mouvement en cours. La mobilisation touche plus fortement les secteurs d’enseignement  des sciences humaines et des sciences sociales. Le président  indique être attaché au dialogue et à la négociation. Sur ce point sa démarche n’a, au final, pas réussi. Il a fait appel il y a quelques jours aux forces de l’ordre pour intervenir contre les étudiants qui occupaient les locaux de l’université. Cela n’a pas stoppé la mobilisation étudiante. De nouveaux locaux ont été occupés et jeudi matin les examens n’ont pu se tenir.

À l’issue de la présentation de la situation par le président de Rennes 2, M. Couet invite les élus de Rennes Métropole à intervenir et réagir sur ce point.

Intervention de Yannick : 

Le fait qu’un débat de cette nature puisse se dérouler en séance est un point positif. La présentation de M. David, Président de l’Université de Rennes 2 est très précise, claire et problématisée. De son intervention je retiens les quatre points suivants.

Même s’il fait mention « d’ acteurs extérieurs à l’université », le président reconnaît  la forte mobilisation étudiante. Il y a eu des AG avec une participation importante (cf. 6000 étudiants à l’une des AG). Dans l’intervention il a évoqué la forte mobilisation des étudiants et professionnels des secteurs d’enseignement des sciences humaines et sociales. C’est à mon sens un élément rassurant. La capacité d’une critique sociale forte et argumentée est absolument nécessaire pour l’avenir. J’ai retenu également de l’intervention la volonté du président de Rennes 2 d’être continuellement, jusqu’à il y a quelques jours, dans le dialogue et la négociation. Enfin dans notre analyse de la situation, il faut bien sûr intégrer la notion de responsabilité particulière et forte d’un chef d’établissement public. Il lui faut mettre ne œuvre une loi, quel que soit son avis et celui de ses collègues, sur le contenu de celle-ci. La notion de complexité est de plus en plus présente. De plus, en ce qui concerne la loi ORE les conditions opérationnelles de mise en oeuvre sont particulièrement tendues et mettent les professionnels en difficulté et inquiètent les futurs étudiants.

Dans notre débat il ne faut surtout pas oublier que les étudiants et les professionnels de l’enseignement supérieur mobilisés défendent l’Université pour tous. La mise en œuvre de ce qu’il faut bien appeler une politique de sélection, la loi ORE,  est une première dans l’histoire de notre République, en tout cas avec une telle intensité.

Effectivement un conflit social induit souvent, voire toujours, des situations ponctuelles difficiles. La situation des étudiants n’ayant pu passer les examens, ce matin, a été rappelée par notre collègue, M. Breteau. Mais ce sont les enjeux des causes du conflit et leurs effets à moyen et long terme qui doivent prévaloir dans notre analyse.

La politique du Gouvernement cristallise les mécontentements et les inquiétudes mais aussi la volonté de résistance face à l’offensive anti sociale menée contre l’université mais également dans d’autres domaines. À Rennes, il y a d’autre nombreux conflits sociaux et actes de résistance. Les postiers sont en lutte depuis le début de l’année. Il y a des mouvements forts dans le rail, les EHPAD, les hôpitaux, et n’oublions pas en proximité de Rennes, la situation de la ZAD de Notre Dame des Landes.

À Rennes comme ailleurs, la réponse du Gouvernement s’identifie par deux caractéristiques : l’absence de dialogue et de négociation réelle et la répression.

À la SNCF, dans  les facs, ce dialogue est un simulacre. L’épisode récent de la future incessibilité des trois sociétés de la SNCF, sensément défendue par le Gouvernement et contestée par la direction de la SNCF est une illustration parfaite de cet artifice, de ce double langage.

La répression est aussi la réponse de ce Gouvernement. A Rennes nous avons déjà connu la répression violente des manifestations contre la loi travail au printemps 2016. Celle-ci concerne maintenant les postiers (évacuation de la PIC il y a deux jours) et le campus de Villejean en début de semaine. La répression n’est pas une réponse sérieuse. Cela vient d’être rappelé par Mme Appéré.

À Rennes et ailleurs, c’est avant tout l’absence de négociation réelle et la volonté répressive qui conduisent aux tensions, à l’accentuation des conflits. M. Breteau évoquait à l’occasion du report des examens de Rennes 2 un manquement au pacte Républicain.  Pour nous, le pacte Républicain c’est surtout ici, l’égalité réelle des chances. Egalité que met à mal la loi ORE.


 

À la suite des différentes interventions et après une suspension de séance, le Président de Rennes Métropole, en lien avec la droite, propose un voeu de condamnation du blocage qui a entrainé le report des examens et de soutien à la direction de Rennes 2 (voir ci-dessous). Le sujet et le voeu ont été apportés en séance sans préparation ni avertissement des élus pour qu’ils puissent analyser et préparer. Une assemblée comme celle du Conseil Métropolitain doit être dans l’étude des choses, la réflexion, l’appréhension de la complexité, et non pas dans la réaction émotionnelle, partiale et instantanée.  A ce titre nous estimons que ce voeu est de ce point de vue inopportun. Nous avons décidé de ne pas prendre part au vote. Le groupe politique des écologistes a pris une décision identique.

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