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Ambitions et incohérences du Plan Climat métropolitain, intervention de Yannick au Conseil de Rennes Métropole du 4 avril 2019

Monsieur le Président, chers collègues,

Le projet de PCAET (Plan Climat Air Energie Territorial) 2019-2024 de notre territoire s’inscrit dans une démarche internationale (COP21 de 2015) et nationale à long terme. Le plan climat gouvernemental vise à la neutralisation de l’effet carbone dans le pays à l’horizon de 2050 à travers une stratégie dite de « Bas Carbone ».

La démarche nationale repose à la fois sur l’Etat et sur les collectivités territoriales. Une partie importante des actions à mener vont l’être par ces dernières. Elles agissent déjà. C’est souvent du fait de leur volonté politique et de l’influence plus ou moins forte des acteurs et associations locales impliquées dans la lutte pour la sauvegarde de l’environnement. Mais c’est aussi désormais une nécessité de plus en plus prégnante qui s’impose à elles. Les journées où l’air ambiant des villes est considéré comme néfaste sont de plus en plus nombreuses et apparaissent désormais à toutes les saisons de l’année et le réchauffement climatique se fait ressentir même ici, en Bretagne.

Pourtant, le Gouvernement et sa majorité affichent des objectifs environnementaux hors d’atteinte compte tenu de leur politique. Leur manque de vision stratégique et opérationnelle est flagrant. Les errements de fin 2018 sur la taxe carbone l’illustrent. Leur soumission aux pollueurs est manifeste. Le Gouvernement ne s’est pas opposé aux projets destructeurs offshore de Total, ou à celui de la Montagne d’Or en Guyane. Il refuse de pénaliser les pollutions des transports aériens et maritimes tout en fermant les petites lignes de train. Mieux, il complète cette impuissance à agir, par des décisions absolument contraires, aux intérêts vitaux de notre environnement. Ainsi malgré les annonces initiales, l’usage du glyphosate est, sous la pression des lobbies chimiques et agricoles, prolongé de cinq ans. Pourtant nous en connaissons tous les effets destructeurs pour la santé et l’environnement. Face au péril ce n’est pas d’intentions vagues et incohérentes dont nous avons besoin mais d’une réelle volonté de rupture. Il est impératif au niveau de l’UE et de notre État d’organiser, dans l’urgence, un plan d’action avec des mesures réfléchies, radicales, et fermes, pour empêcher ce qui peut encore l’être.

Le PCAET de Rennes Métropole présente lui par contre une approche complète qui allie à la fois des actions précises relevant de sa propre compétence mais aussi une politique plus globale à travers par exemple la mutualisation des bases d’installations industrielles ou l’éco-conditionnalité des projets d’extension de sites. Il comprend aussi un certain nombre d’éléments incitant à la mobilisation des citoyennes et citoyens sur le climat. Les bases de l’action sont posées d’une façon large et hétérogène, ce qui est appréciable compte-tenu des enjeux.

La PCAET a aussi, indépendamment de son contenu, ses propres limites. Comme vous l’indiquez, pour 100 tonnes d’équivalent CO2 de Gaz à Effet de Serre (GES) émises directement à partir de territoires comme notre Métropole, il y a 145 tonnes en plus, émises indirectement par nos modes de vie (alimentation, habillement, informatique, voyages en avions…).

Dans la partie diagnostic, certaines données mériteraient d’être plus souvent actualisées. Ainsi, les données des émissions de GES datent de 2010. C’est très ancien. Des évaluations très régulières sont nécessaires pour éviter d’être contraint de constater des écarts entre l’intention affichée et le résultat. Par exemple, le PCET de 2010 annonçait un objectif de baisse de 20% des émissions de GES d’ici 2020, alors que le présent PCAET propose lui une baisse de 11% d’ici 2021 sur les bases de 2010, donc. De la même manière, notons aussi que les  statistiques du nombre de jours d’alerte sur la qualité de l’air datent de 2016, alors que c’est un indicateur très sensible.

Au-delà de ces quelques éléments formels, je tiens à attirer l’attention de l’Assemblée sur deux points.

Le premier porte sur les surfaces à urbaniser. Le Plan Local de l’Urbanisme intercommunal (PLUI) fixe leur évolution à 3% d’ici 2035. En valeur relative cela semble assez faible. Pour autant cela représente une augmentation de 15 % de la surface urbanisée de la Métropole, soit en valeur absolue près de 2000 h soit l’équivalent de 2700 terrains de football. Le PCAET est très clair à ce sujet, imperméabiliser des sols entraîne la constitution d’îlots de chaleur. Cette logique d’étalement urbain est à combattre, voilà pourquoi il faut se poser une question simple : La concentration des habitants dans les Métropoles est une tendance démographique lourde.  Elle est globalement un des facteurs du réchauffement climatique. Est-il pertinent de maintenir un cap d’hyper-attractivité aboutissant à une Métropole avec 500 000 habitants en 2030 ?

Le deuxième concerne l’usine de valorisation des déchets de Villejean. Elle appartient selon la typologie du PCAET à la catégorie des producteurs d’énergies renouvelables. Pour autant les effets néfastes sur la santé publique, des fumées rejetées, ne sont ni évoqués, ni évalués. Ne l’oublions pas, pour une tonne de déchets avalée par un incinérateur, celui-ci rejettera 6 000 m3 de fumées contenant des polluants divers (dioxines, furanes et métaux lourds, particules fines et ultrafines, etc.). La qualité de l’air est pourtant un objectif majeur du présent PCAET.

La dégradation du climat continue de s’accentuer.  La biodiversité est en péril. Les effets de ce changement sont perceptibles partout. Avec ce PCAET la Métropole organise sa riposte. Je pense notamment à l’impressionnant objectif de 6000 rénovations thermiques de logements chaque année d’ici 2025 ou à la construction de logements 100% passifs à partir de 2024. Mais compte tenu de l’accroissement continuel du risque, nous serons contraints, malgré tout, d’adapter notre façon de lutter contre le réchauffement et ses effets. A ce titre je vous propose que Rennes Métropole déclare être en « Etat d’Urgence Climatique ». Nous nous mettrions ainsi en capacité d’examiner, au prisme de leurs effets sur l’environnement, l’ensemble des décisions passées et futures et de réagir rapidement à toute dégradation de la situation locale. Des villes comme Bâle en Suisse et très récemment l’Agglomération de Mulhouse viennent de prendre cette décision. Je note avec satisfaction que cette logique « d’état d’urgence climatique » va être déployée dans les futurs contrats de Délégation de Service Public afin de pousser le privé à accélérer la nécessaire transition écologique. Il faut maintenant appliquer ce raisonnement à toutes nos délibérations.

Malgré la grande qualité du travail et la pertinence de la démarche, mais au regard des effets potentiellement négatifs d’une trop grande urbanisation et de l’absence de prise en compte dans le présent PCAET des effets négatifs de l’incinérateur de Villejean, je m’abstiendrai sur ce vote.

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