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Commémoration du procès Dreyfus et lutte contre l’antisémitisme, intervention de Yannick au Conseil Municipal du 24 juin 2019

Madame la Maire, chers collègues,

La ville de Rennes propose dans cette délibération un nombre important et au contenu riche d’actions politiques et culturelles pour évoquer et mieux faire connaître ce que fût l’affaire Dreyfus. L’affaire Dreyfus a duré de 1894 à 1906. Elle a été structurée par  l’acharnement judiciaire contre le capitaine Dreyfus et sa condamnation à la dégradation et au bagne en 1894. Avec les  actions à venir, la Ville de Rennes honore la mémoire de l’un des épisodes judiciaires de cette affaire. Celui du procès en révision qui a eu lieu à Rennes en 1899.

La situation du capitaine Dreyfus a été aussi l’objet d’un conflit politique entre d’une part la partie la plus réactionnaire de la IIIème République (Eglise, partis de droite, monarchistes, Ligues antisémites, une grande partie de l’armée) et d’autre part le camp politique des républicains, de la bourgeoisie progressiste et de la majeure partie de la gauche socialiste et révolutionnaire.  Pour les réactionnaires et les antisémites le capitaine Dreyfus était coupable parce qu’il était juif. Pour eux, cette culpabilité était posée d’emblée quelles que soient les preuves de son innocence et le caractère falsifié des pièces à charge.

Ce conflit politique a été exemplaire. En effet à l’époque, l’armée participait à la répression du mouvement ouvrier, de ses grèves, de ses manifestations. Qu’un officier, ennemi de classe, soit condamné aurait pu laisser les organisations syndicales et politiques indifférentes. Cela n’a pas été, en grande partie, le cas. Un dirigeant socialiste comme Jaurès a bien démontré que dans la nature et la motivation de la condamnation il y avait un élément central, le racisme, l’antisémitisme en la circonstance. Cet élément central était certes caché par la justice, mais il était revendiqué par la droite réactionnaire et antisémite. Jaurès disait à ses camarades, que laisser ainsi condamner M. Dreyfus, c’était se condamner à ce que tout citoyen puisse être demain réprimé pour ses idées et ses actes non pas seulement en fonction du contenu de ceux-ci, mais aussi en fonction de son origine.  Pour lui cela constituait une contradiction absolue avec le principe de la justice républicaine. Quarante ans après l’histoire lui donnait hélas raison. Le régime de Vichy, en créant en sept 1940 « L’Etat Français » abolissait la République et promouvait un antisémitisme d’Etat.

Il faut aussi se souvenir avec force et admiration, ici à Rennes, du combat exemplaire  de la jeune section rennaise de la Ligue des Droits de l’Homme et des actions  courageuses d’hommes comme Victor Basch. Victor Basch sera sauvagement exécuté, par les nervis antisémites de la Milice, en 1944, à l’âge de 81 ans,  avec sa femme Hélène.

Le travail de  commémoration de la ville de Rennes est également le bienvenu au regard de l’actualité de notre pays. L’antisémitisme n’est pas vaincu malgré toutes les atrocités dont il a été le moteur. Le nombre d’actes antisémites progresse de façon significative et inquiétante. Il est passé de 311 actes en 2017 à 541 en 2018. Depuis 2006, 11 citoyens de ce pays ont été tués, parce qu’ils étaient juifs. Ces meurtres  ont été commis par des islamistes radicaux ou par des personnes s’en revendiquant. Raviver la mémoire est de ce point de vue également nécessaire et salutaire.

Mais dans ce combat contre l’antisémitisme nous ne devons pas ajouter de la confusion. Des instances de représentation de juifs de France comme le CRIF, une partie du Gouvernement voudraient faire en sorte que la condamnation du sionisme soit assimilée à de l’antisémitisme. C’est une escroquerie intellectuelle. Le sionisme, fondé par Théodor Herzl à la fin du XIX ème siècle pour faire face à l’antisémitisme en Europe, est une philosophie politique visant à l’installation des juifs en Palestine.  Comme toute idée politique, elle est par essence  discutable. On peut l’approuver ou la désapprouver dans le cadre du débat politique. Ce fut d’ailleurs le cas à l’origine au sein même de la gauche juive, entre des partisans de l’installation en Palestine et des militants (ceux du Bund, organisation socialiste et révolutionnaire juive de l‘Est de l’Europe) pour qui l’émancipation et l’égalité devrait avoir lieu, sur place, en Europe, par le combat politique et social. Quant à l’antisémitisme, avec lequel on voudrait confondre l’antisionisme, il n’est pas une opinion à débattre, c’est un délit. Il ne s’agit donc du tout  de la même chose.

Pour toutes ces raisons nous souhaiterions voter favorablement cette délibération. Dans l’esprit laïc qui est le nôtre nous regrettons toutefois qu’il soit proposé le versement d’une  subvention à une association organisant la venue d’un dirigeant religieux, M. Le grand Rabbin de France.  Nous vous demandons, Madame la Maire, au nom du principe de séparation des Églises et de l’État, un vote séparé pour cette subvention*.

* Ce vote séparé a été refusé. Compte-tenu du contexte nous avons fait le choix de tout de même voter pour cette délibération. 

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