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Crédit Mutuel – Arkéa, une scission très politique ! Intervention de Yannick au Conseil Municipal du 19 mars 2018

L’actualité de notre région bruisse depuis 3 ans du projet de scission entre la banque  Arkéa Crédit Mutuel et le groupe national CNCM (Coordination nationale des crédits mutuels). Cette problématique connaît depuis le début de l’année 2018 une accélération accrue.

Le groupe Arkéa Crédit Mutuel regroupe l’activité bancaire du groupe national Crédit Mutuel pour les régions Bretagne, Sud Ouest et pour peu de temps encore le Massif Central. Il s’agit d’un ensemble de 4,2 millions de clients et sociétaires dont 1,8 millions pour la Bretagne.  Arkéa emploie près de 10 000 salariés. Son siège social est à Brest. A titre de comparaison, l’activité de l’ensemble  du groupe national Crédit Mutuel (CNCM) regroupe 31 millions de clients et/ou sociétaires et emploie 82 000 salariés.

Toutes les entités évoquées possèdent le statut de banque mutualiste.

Fort de son dynamisme, qui se confirme en 2017 avec une progression de 12,8% du volume d’activité, 428 millions de résultat net, la présidence et la direction d’Arkéa ont entamé depuis plusieurs années une démarche visant à rendre indépendante l’entité Arkéa (Bretagne et Sud Ouest)  de l’ensemble du Crédit Mutuel.

Cette  nouvelle  banque régionale regrouperait moins d’un sixième de la clientèle du Crédit Mutuel et un huitième de ses salariés.

L’offensive pour mener cette  scission est conduite de façon méthodique, très politique, et en lien avec les réseaux économiques et politiques régionaux.  L’action  de la direction fait fi de tous les avis négatifs émis depuis 2016 par le Conseil d’Etat, l’Autorité de la concurrence, la Cour de Justice Européenne. Les organisations syndicales, à l’exception d’une petite partie de la CFDT, se sont prononcées contre cette scission.

Il faut s’interroger sur ce qui motive cette tentative de scission. L’autonomie recherchée viserait à renforcer l’impact régional notamment en termes d’aide aux entreprises locales. Il est clair qu’une banque nationale peut tout autant réaliser cette mission dès lors que son organisation est soucieuse de ce point. Les motivations de cette scission sont plutôt d’ordre interne, avec une lutte pour le pouvoir entre différents dirigeants régionaux et nationaux. C’est aussi une lutte pour de l’argent. Le président d’Arkéa, Jean-Pierre Denis, perçois un salaire de 1,6 millions d’euros par an soit plus de deux fois plus que le patron national du Crédit Mutuel, plus aussi que les patrons d’Orange, de Safran ou de Legrand par exemple. Sommes-nous vraiment dans la défense de l’intérêt des clients et sociétaires ? A mon avis, non.

Il est évident que cette fragmentation constitue, alors que la tendance est à l’hyper concentration des établissements bancaires, un risque réel de fragilité du fait de la petite taille du futur établissement. La performance et le dynamisme d’Arkéa ne pourront contrebalancer ce risque. Il y a en Europe, en Italie notamment, des exemples de banques régionales qui finissent mal. L’autorité de régulation bancaire (avis de Janvier 2018) a fait part de ses doutes. De plus pour elle le coût de création de la nouvelle entité sera trop lourd. Ce projet ne garantit pas le maintien du caractère mutualiste, même si celui-ci est actuellement largement perfectible, du nouvel établissement, malgré le discours de la direction. Ce serait un net recul. Sans parler des risques en termes d’emplois.

Enfin, il faut noter que la marque Crédit Mutuel ne sera pas maintenue pour Arkéa. Nous serions alors dans la situation où le Crédit Mutuel (national) fera tout  pour réinstaller des agences en Bretagne. Quel paradoxe ! Arkéa possède 331 points d’accueil en Bretagne. Il est déjà envisagé par Arkéa d’en fermer 60.  Et il lui faudrait faire face dans ce contexte à cette nouvelle concurrence locale. C’est le risque d’un chaos certain. Parallèlement Arkéa a un projet de développement sur le plan national, en concurrence donc de nouveau avec le Crédit Mutuel.

L’offensive d’Arkéa continue. Les administrateurs des caisses sont appelés à voter entre  23 mars et le 14 avril 2018 sur la scission.  Les agents sont  conviés à une manifestation nationale de soutien à la direction à Paris le jeudi 05 avril 2018. La participation à cette manifestation sera considérée comme une journée normale de travail. Les frais de déplacement et de repas payés. Avouons que c’est assez singulier.

Tout ce qui a trait au développement économique, au renforcement du tissu économique local, à l’accès de tous aux services bancaires et selon nous gratuits doit bien entendu être soutenu. Ici ce n’est visiblement pas l’intérêt général, ni même régional qui prévaut.  Les avis des instances de régulation sont négatifs, le personnel est inquiet. Il faut s’interroger et prendre politiquement parti sur cette situation à notre avis très périlleuse et très spécieuse.