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Débat sur la densité urbain, intervention de Jean-Paul au Conseil Municipal du 24 juin 2019

Madame la Maire, chers collègues,

Nous souhaitons commencer par remercier les collectifs d’habitants qui sollicitent ce soir notre Conseil Municipal sur un sujet majeur, celui de la densité urbaine.

C’est toujours une bonne nouvelle et le signe d’une démocratie vivante lorsque les citoyens s’emparent des sujets qui les concernent. Cette possibilité d’interpellation, offerte par la Charte de la démocratie locale, est à saluer, même s’il y a fort à parier que ce dispositif soit encore trop méconnu de la population. Notons également que ce mécanisme, bien que nécessaire, n’est pas suffisant, puisqu’il ne permet pas aux habitants d’intervenir réellement dans les arbitrages, de participer vraiment au processus décisionnaire. Ils sont cantonnés à la possibilité de nous interpeller.

Venons-en maintenant au sujet qui nous préoccupe, celui de la densité urbaine. La question posée est complexe puisqu’il s’agit d’être en capacité d’accueillir de nouveaux habitants dans notre ville tout en respectant des impératifs environnementaux et en maintenant un cadre de vie de qualité. Enjeu d’autant plus crucial que chaque année la population rennaise augmente de 1500 personnes en moyenne, ce qui signifie un besoin croissant de logements, commerces, services publics, espaces naturels, moyens de transports, etc.

Face à ce constat, vous nous excuserez, chers collègues de la Majorité, mais nous refusons de nous situer dans votre conception binaire de cet enjeu. À vous lire et à vous écouter, le besoin d’urbanisation induit par la hausse démographique ne pourrait se résoudre que de deux manières. Soit en grignotant des terres agricoles et naturelles et donc en construisant à l’horizontale, soit en  bâtissant des tours toujours plus hautes et donc en construisant à la verticale. Ces deux réponses ne sont pas satisfaisantes.

La première, mise en œuvre méthodiquement par le Plan Climat qui prévoit d’ici 2035 l’urbanisation de 2000 hectares à l’échelle de la Métropole, soit l’équivalent de 2700 terrains de football, est un contre-sens majeur. En effet, notre besoin d’une agriculture de proximité, biologique et pourvoyeuse d’emplois, respectant les espaces naturels, joue un rôle majeur dans la lutte contre le réchauffement climatique et dans la sauvegarde de la biodiversité

La seconde, dangereusement accélérée ces derniers temps, entraîne la contestation de centaines de riverains. Une Tour de 16 étages au Landry (revue à 9 suite à la mobilisation), une Tour pour le siège d’Aiguillon à la Poterie, une Tour de 43 mètres sur le Boulevard De Lattre De Tassigny, une Tour Signal dans le nouveau quartier d’affaires EuroRennes pour satisfaire le caprice d’un patron rennais, une tour du côté de l’Allée Georges Brassens, une autre tour à l’entrée des Gayeulles, et on ne sait pas encore tout ! Manifestement, vous multipliez les projets de grande hauteur dans notre ville.

Au risque de répéter ce que les riverains ont déjà asséné de nombreuses fois, envisager l’arrivée soudaine de centaines de nouveaux habitants dans un quartier sans prévoir les infrastructures routières, de transports, de services, etc, qui vont avec, c’est une erreur politique. Gâcher l’harmonie patrimoniale d’un quartier en y installant une tour, c’est une erreur politique. Construire toujours plus haut au dépend d’exigences environnementales évidentes, c’est une erreur politique.

Alors, s’il n’est souhaitable ni de construire trop à la verticale, ni à l’horizontale, comment permettre à tout le monde de se loger dignement et de profiter du confort de vie à la rennaise ? Nous postulons une 3ème voie, que vous n’envisagez pas, en 3 étapes.

Tout d’abord, il faut arrêter ces campagnes de publicité massives pour faire venir coûte que coûte toujours plus de monde, et notamment des Parisiens, dans notre ville.

Mon collègue vous montre deux photo prises dans le métro parisien, on y distingue très nettement une des nombreuses affiches confectionnées par la Région Bretagne pour attirer de nouveaux habitants dans notre ville. Si, comme vous, nous croyons en la nécessité d’accueillir dignement toute nouvelle personne à Rennes, encourager à ce point leur venue n’est pas souhaitable. Un fort dynamisme démographique n’est pas toujours compatible avec une politique urbanistique sérieuse.

Ensuite, nous proposons un moratoire sur les projets d’extension à la verticale et à l’horizontale de notre ville pour les raisons indiquées il y a quelques instants.

Venons-en maintenant au cœur de cette « 3ème voie » en matière de politique urbaine. C’est la politique des trois « R » : réquisitionner, rénover, reconstruire. Nombreux sont les bâtiments publics dans notre ville qui sont inutilisés. Nombreuses également sont les friches et dents creuses au sein de la Métropole. Ces terrains et bâtiments devraient être privilégiés et prioritaires dans la politique d’aménagement.

Comment expliquer par exemple que l’ancienne prison Jacques-Cartier et ses 1,3 hectares soient inutilisés depuis bientôt 10 ans ? Comment est-il possible que les anciens bâtiments qui accueillaient notamment la Direction des services vétérinaires à Coëtlogon n’aient pas été réhabilités en logements ? Nous pourrions multiplier les exemples de ce type. D’ailleurs, cette 3ème étape nécessiterait une cartographie précise des bâtiments et lieux inutilisés sur notre territoire. Bien sûr, certaines contraintes patrimoniales existent, bien sûr la récupération de ces bâtiments et terrains ne sera pas toujours facile en fonction de qui en est propriétaire. Mais nous sommes persuadés que le nombre de m² disponibles justifie l’adoption de cette orientation politique, quand bien même, cela ne sera pas facile.

Dernier exemple pour l’illustrer, nous nous apprêtons dans quelques minutes à voter le regroupement de plusieurs services de la ville au sein du Palais Saint-Georges. Une réflexion sur le réemploi des bâtiments d’origine de ces services pourrait être judicieuse. Plutôt que d’envisager 500 logements au Landry, n’est-il pas possible d’en faire moins et d’en construire au sein de ces bâtiments ?

Voilà chers collègues, pour conclure nous pensons qu’à l’instar de tous les sujets politiques, se cantonner uniquement dans des schémas préétablis et souvent archaïques, ne pas ouvrir le champ des « possibles », empêche souvent de mener une politique répondant aux enjeux et défis de notre temps.

Merci pour votre écoute.

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