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Eléments sur les orientations budgétaires 2019, intervention de Yannick au Conseil Municipal du 21 janvier 2019

L’examen du Rapport d’Orientation Budgétaire (ROB) de la Ville de Rennes pour 2019 doit nous permettre de nous interroger sur la répartition des richesses dans ce pays et sur notre territoire.

Les collectivités locales sont, nous le savons, au service de la population. Elles sont aussi, par leurs moyens d’actions, des acteurs politiques majeurs de la lutte contre les inégalités, la pauvreté et l’exclusion, tout comme de la lutte contre le changement climatique. A ce titre leur rôle a été essentiel, et elle doit continuer de l’être. Pour mener ces actions les masses financières en jeu sont conséquentes et indispensables.

Les dépenses consolidées de fonctionnement des budgets des collectivités territoriales représentaient en 2017 186 Mds d’Euros, soit 11% du PIB. Leurs investissements, quant à eux, représentent 54 Mds d’Euros à l’échelle du pays.

Ce niveau de dépenses, et donc de moyens d’actions, subit des attaques régulières depuis 2014.  La dotation globale de fonctionnement servie par l’Etat en 2013 était de 41,4 Mds d’Euros. Elle sera selon les prévisions budgétaires de 26,95 Mds d’Euro en 2019 (source Banque Postale déc. 2018). La chute est considérable. Elle atteint gravement la capacité des collectivités à continuer les missions évoquées plus haut. Il faut noter qu’en parallèle l’inflation globale, même si elle reste relativement faible, a atteint de façon cumulée, sur la même période un niveau d’env. 4,2 %. Ce phénomène accentue de facto les effets de la  baisse de dotations.

Contester cette politique d’austérité sur les biens et services qui nous sont communs c’est aussi remettre en cause un système économique qui nous conduit dans le mur, vers plus de précarité, plus de chômage, plus de misère. Un exemple. Attac France vient de publier le bilan de l’action économique des entreprises du CAC40. Les bénéfices de ces entreprises ont cru de 9,3 % entre 2010 et 2017 et les dividendes servis aux actionnaires de 44 % pour atteindre, en 2018, un montant de 57,4 Mds d’Euros. Ruissellement me diriez vous ? Eh bien non ! En parallèle les impôts de ces sociétés ont baissé de 6,4% et leurs effectifs de 20%. En fait, le ruissellement promis par le pouvoir est un assèchement. Les grandes entreprises privées accumulent, les citoyens et leurs collectivités se serrent la ceinture.

L’austérité imposée est donc l’une des conséquences de ce mécanisme de pillage des richesses.

Le présent ROB illustre bien la difficulté de l’action municipale dans un tel contexte économique et politique.  La prévision des  dépenses de fonctionnement se doit de faire face de façon réaliste  à la contrainte austéritaire et à l’inflation. Le document budgétaire retient ainsi un taux de progression de 1,6% alors que le plafond fixé par l’Etat est de 1,3%. La Ville de Rennes annonce de façon claire que le budget qu’elle prévoit ne pourra respecter la contrainte  imposée par l’Etat. Nous partageons cette vision des choses.

Le taux de progression proposé pour les charges à caractère général est de 4,4 %. Il est directement lié à la progression du coût de l’énergie fossile. Une politique de maîtrise écologique de nos équipements est impérative et doit être amplifiée.

Enfin, la promesse de ne pas augmenter les impôts est confirmée, ce qui est indispensable.

Pour l’année 2019 le niveau d’investissement est prévu à hauteur de 70 Millions d’Euros. Le montant des investissements pour les années suivantes est plus bas (55 ME à partir de 2021). Nous voyons dans cette prudence le fait de ne pas obérer le mandat qui vient, ce qui est louable. Mais il faut aussi y voir un doute sur les capacités de notre collectivité à continuer d’investir de façon ambitieuse pour les raisons susmentionnées, ce qui est beaucoup plus problématique.

Enfin en ce qui concerne la gestion de la dette pour les années à venir, la diminution de l’encours est nette et rassurante. Cependant, les annuités de remboursement des années 2020 à 2024 restent élevées. Elles sont de 23 à 21 millions d’Euros. L’épargne brute, quant à elle, progresse de 32,1 millions d’E en 2020 à  36,3 millions d’E en 2023, par contre l’épargne nette (celle qui comprend le remboursement du capital des emprunts) reste stable autour de 14 millions d’E.

En résumé, ce document budgétaire nous paraît équilibré mais paradoxalement inquiétant. En effet, pour répondre aux exigences environnementales, comme pour faire face à l’accroissement de la population de nos collectivités, il faudra mobiliser les moyens budgétaires adaptés. La politique imposée par le gouvernement ne permettra pas d’y répondre, pire elle entraînera, si on le laisse faire, une dégradation de l’existant.

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