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Inquiétudes sur le logement social et la rénovation de l’habitat, intervention de Yannick au Conseil de Rennes Métropole du 16 mai 2019

Monsieur le Président, chers collègues,

Les défis et les enjeux auxquels doivent faire face nos collectivités sont de plus en plus complexes. Pour y faire face, les documents de prospectives et de programmation se multiplient et s’entrecroisent. Aux objectifs initiaux d’un plan donné, par exemple ici le PLH, s’ajoutent en cours d’exécution de nouveaux défis et objectifs comme ceux examiné en Conseil, au mois d’avril dernier, avec le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) 2019-2024. Dans la mesure où ce PCAET précise lui aussi des objectifs en matière de rénovation de logements, nous le voyons bien, les objectifs des deux plans (PCAET et PLH) interfèrent. C’est vertueux et  positif mais cela induit une évaluation plus complexe elle aussi. Voilà pourquoi il faut regretter que, malgré sa clarté, le diaporama présenté ne mentionne pas certains éléments majeurs, et notamment la justification des écarts entre objectifs et réalisations, données pourtant nécessaires  pour une analyse plus fouillée.

Prenons l’exemple de la rénovation de l’habitat, sujet abordé par ces deux documents. En termes de bilan il y eu, entre 2005 et 2015, 12 000 logements rénovés, soit une moyenne de 1200 par an. Le présent bilan de mi-parcours du PLH 2015-2020 indique pour les 4 premières années, un résultat de près de 2400 logements rénovés, soit 600 par an. Il y a, au regard de la situation antérieure, un tassement en rythme. Il y a aussi un décalage vis à vis des objectifs du présent PLH qui sont eux de 9800 sur la période 2015-2020, soit une cadence annuelle moyenne de 1600 logements. Quelle est l’explication de ce décalage négatif ?

Le PCAET pour sa part pose l’ambition d’un rythme de rénovation incluant les nouveaux impératifs énergétiques, de 6 000 logements par an à partir de 2025. L’écart est considérable. L’atteindre va constituer un défi majeur et difficile. Cette difficulté sera accentuée par la politique du Gouvernement en défaveur du logement dans le cadre de la loi ELAN. Les éléments en provenance de l’USH sur les négociations actuelles quant aux  futurs programmes ne sont guère rassurants. Les bailleurs sociaux et vous-même, M. le Président, avez fait part, à maintes reprises de vos fortes inquiétudes et de votre désapprobation à ce sujet. Nous devrons aussi apporter des réponses en termes d’objectif de nombre de logements à rénover pour cet entre-deux : entre 2020, fin de ce PLH même s’il est prolongé à 2022, et 2025 date mentionnée au PCAET.

L’autre point qui mérite notre attention est celui de la construction de logements neufs. Globalement, les objectifs sont non seulement atteints mais ils sont dépassés. Il y eu sur les trois  premières années 4279 nouveaux logements/an pour un objectifs de 4000/an. Cela montre sur ce point l’adéquation entre l’ambition et la détermination à agir de la Métropole. Par contre, le bilan montre un écart négatif pour les logements sociaux (PLAI/PLUS/Accession sociale) de 144 logements/an. Ce qui donne sur 3 ans, 432 logements en moins pour  ces catégories, ce n’est pas rien. Je constate en parallèle un net dépassement de l’objectif  initial de 2600 /an de la catégorie des logements libres et régulés. En effet, 2823 de ces logements ont été construits par an soit près de 670 logements en plus sur 3 ans. Les explications de ces deux écarts doivent figurer dans ce bilan. Les écarts sont assez importants et nécessitent des éclaircissements.

Enfin la croissance des demandes de logements sociaux doit nous interroger. Elle est au 1er Janvier 2019 de 19 284 demandes, contre 14 388 en 2015 soit 1224 demandes supplémentaires chaque année. Pourtant, comme dit précédemment, il n’y a que 970 logements sociaux de construits chaque année en moyenne sur notre territoire. Autrement dit, la liste d’attente s’allonge. Comme vous l’avez évoqué, il est nécessaire d’ y répondre.

Au-delà de ça, la question de fond sur la demande de logements, n’est-elle pas celle de la métropolisation et son lot de concentration des activités en zones urbanisées au détriment des zones périphériques et rurales ? Quand Rennes Métropole attire structurellement les entreprises et autres activités de loisirs, au détriment d’autres territoires, il est bien entendu que la démographie et donc le besoin de logement augmentent. Si l’on rajoute à ça une volonté politique d’attirer toujours plus d’habitants, notamment de cadres parisiens, il est évident que cette forme de course en avant au logement a de beaux jours devant elle.

Voilà pourquoi on ne peut dissocier stratégie économique et politique du logement. Si la seconde est indéniablement conséquente et volontariste, bien que sources d’inquiétudes, la première lui nuit sans aucun doute.

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