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L’insupportable « plus grand bidonville de Bretagne » , déclaration de Jean-Paul au Conseil Municipal du 16 septembre 2019

Madame la Maire, chers collègues,

L’été a été profondément marqué à Rennes par le regroupement de dizaines et dizaines d’éxilé.e.s aux Gayeulles, dans un premier temps au camping puis dans 1 et aujourd’hui 2 clairières. Si des familles ont été regroupées dans deux gymnases de la ville suite aux évacuations d’immeubles occupés, en concertation avec Archipel Habitat et Néotoa, leur nombre n’a cessé de croître au point qu’aujourd’hui la situation s’avère très difficilement supportable évidement pour les personnes concernées, mais aussi pour les personnes et associations qui viennent en soutien. Ça ne vous a pas échappé, on parle désormais du « plus grand bidonville de Bretagne ».

En effet, pour celles et ceux d’entre vous qui n’êtes pas encore allés sur place rencontrer, discuter, comprendre la situation, près de 400 personnes vivent répartis dans des dizaines de tentes de récupération, souvent incomplètes et trouées, dont 70 enfants. Donc oui, il y a bien des enfants qui dorment à la rue à Rennes, contrairement à une promesse de campagne souvent répétée.

La logistique se résume à l’accès à 5 douches avec 15 minutes d’eau chaude et 5 wc, situés au bloc sanitaire du club de rugby, tout ça situé à 600 m, donc pas vraiment pratique. De fortes tensions opposent la direction du camping, qui se trouve à proximité, et des exilé.e.s qui utilisent ses structures. Si la ville de Rennes a récemment mis des poubelles à proximité, des équipements sanitaires et wc mobiles pourraient quand même être déployés, cela nous semble réalisable et surtout urgent ; c’est la moindre des choses ! Idem pour les soins, ce n’est pas normal que ce soit le SAMU qui vienne évacuer, comme tout récemment, un enfant en insuffisance respiratoire. Un seul médecin de la Croix Rouge, volontaire de surcroît, passe une fois par semaine. Étant donné les pathologies de plusieurs personnes, l’humidité et la fraîcheur qui arrivent, la ville de Rennes peut, là aussi, contribuer à améliorer cette situation sanitaire.

Comme dans toute communauté humaine, y compris dans la grande précarité, si la solidarité permet de tenir et cela tous les jours, du matin au soir, des moments de tension voire de fortes tensions peuvent surgir. Nous pensons qu’à partir du moment où de vrais gens et de vrais enfants, subissent ces conditions inadmissibles, la collectivité se doit de réagir à un niveau digne de ses valeurs humanistes, ce qui n’est malheureusement pas aujourd’hui, le cas. Réagir pour l’accès aux biens et services de première nécessité, je viens d’en parler, mais aussi en organisant la scolarisation de tous les enfants par exemple, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui, 2 semaines après la rentrée.

Si nous pouvons ici tous, ou presque, se plaindre de l’action de la Préfecture, nous pouvons quand même admettre que cela ne peut plus durer de cette façon.

La nécessité de gérer au mieux cette situation inédite en besoins humains et logistique ne peut pas incomber aux associations et collectifs totalement épuisés et sous dimensionnés. L’absence de présence humaine en soutien et assistance, l’absence de logistique suffisante aggravent considérablement les conditions d’existence dans ce campement, amenant certains d’entre eux à chercher d’autres solutions, par exemple par une mise à l’abri collective dans des hangars vides et inutilisés depuis des années. La ville a un devoir d’humanité dans cette situation, il est urgent d’en prendre conscience.

Par ailleurs, on ne le répétera jamais assez, si la construction d’un centre d’hébergement d’urgence au Blosne est une bonne nouvelle, il est d’ores-et-déjà sous-dimensionné. Dans cette situation, l’important est de répondre aux besoins et non de fixer un nombre de places ne correspondant pas aux réalités.

Enfin, nous vous demandons d’interpeller la Préfecture pour lui demander de cesser les intimidations ainsi que le durcissement du traitement administratif en démultipliant les OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français), aussi inutiles qu’illusoires, ainsi que les déploiements policiers intimidants comme il y en a encore eu la semaine dernière.

 

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