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Projet de port fluvial à Apigné : l’environnement d’abord ! Intervention de Jean-Paul au Conseil Municipal du 18 mai 2020

Madame la maire, chères collègues,

Cette délibération nous propose de donner notre accord à une Convention de partenariat et de co-financement pour un projet d’aménagement de port fluvial à Apigné, situé en grande partie sur la commune du Rheu.

Nous voterons contre cette délibération et je vais vous en expliquer les principales raisons, tant sur le fond que sur la forme.

Tout d’abord, sur la forme, nous regrettons que ce projet de port, qui fait partie intégrante d’un plus vaste projet d’aménagement des bords de Vilaine depuis le centre-ville, échappe, en préalable, à une étude d’impact environnemental. Nous l’avons déjà exprimé lors du conseil du 9 décembre 2019, à propos du contrat de canal, mais nos deux voix contre n’ont visiblement pas été entendues puisque vous revenez avec ce projet de port fluvial des Landes d’Apigné, lui aussi, dépourvu de toute étude d’impact environnemental.

Pourquoi notre entêtement sur ce point ? eh bien il suffit de lire le projet de convention avec la région et ses articles 1 et 2 pour observer, d’entrée de jeu, que le mot « nature » n’est jamais cité, que l’enjeu environnemental n’est jamais évoqué ni pour un constat de la situation existante, ni pour des objectifs.

Une Convention qui ne porte dans son objet que des considérations économiques, quand on connait le bassin de la Vilaine, devrait interpeller.

Gardons à l’esprit qu’en 2019, l’agence de l’eau Loire-Bretagne relevait la grande fragilité de la qualité des eaux d’Ille et Vilaine avec seulement 3% des volumes d’eau de surface considérés en « bon état », et notamment le territoire de Rennes métropole qui représente un point de rupture écologique, tel que l’analyse le SRCE (Shéma Régional de Cohérence Ecologique).

Un autre point d’alerte avec ce projet, c’est celui de la proximité avec l’étang des Bougrières qui constitue un captage stratégique de secours en eau potable pour Rennes Métropole.

Nous ne pouvons pas ne pas rappeler les longues et récurrentes pollutions estivales de l’étang d’Apigné qui privent enfants et adultes de baignades. Sur ce sujet nous pourrions nous poser des questions sur la proximité de l’usine d’épuration de Beaurade. Une étude a-t-elle eu lieu ou est-elle peut être en cours, ou même envisagée. On ne peut jamais écarter la possibilité de fuites des bassins de cette usine de traitement des eaux usées. Les sols sableux de toute cette zone constituent un environnement propice à la circulation de toutes les pollutions possibles.

Votre projet fait aussi l’impasse sur la Flume, affluent de la Vilaine se déversant dans ce secteur, connue pour être très polluée également.

Autre point qui fait d’ailleurs le lien avec la délibération 29, la prolifération d’herbes et algues invasives dans la partie dite navigable de la Vilaine, qui, par son ampleur gêne la navigation. Certes, la navigation se trouve contrariée, mais la première motivation qui devrait animer notre conseil ne devrait-elle pas être celle de combattre les pollutions et les pollueurs pour commencer par récupérer une bonne qualité d’eau, ce qui ne favoriserait pas ces proliférations.

Dans ces conditions, il ne peut raisonnablement pas être envisagé d’augmenter des activités humaines et mécaniques sur un environnement aquatique aussi dégradé. Tout le monde sait que le réchauffement climatique assèche les territoires, le débit de la Vilaine se trouve très faible l’été, saison justement visée par vos projets. Cette situation problématique, à bien des égards aujourd’hui, devrait attirer l’attention et réorienter les priorités, au risque d’être aggravée.

Ainsi, votre ambition de valoriser le tourisme fluvial, notamment le passage entre manche et Océan et la partie navigable de la Vilaine qui nous concerne directement, s’affranchit de tous ces constats et n’inscrit aucune intention d’améliorations.

Notre inquiétude et opposition à votre projet puise aussi des arguments avec la Prévalaye toute proche. Intégrée dans le grand plan d’aménagement des bords de Vilaine la Prévalaye a été utilisée pour recevoir des mares de compensation liées aux travaux du métro rennais. Ces mares ont permis, à la surprise générale, la prolifération de salamandres, et c’est tant mieux. Sauf que vous avez tout de même goudronné une piste cavalière, renommée « piste active » allant ainsi à l’encontre des avis de toutes les associations environnementalistes, soi-disant pour favoriser le passage de jeunes citadins en roller ou skate pour se rendre aux Etangs d’Apigné. Résultat, les salamandres se font écrasées par des passages d’engins, d’ailleurs, plutôt motorisés.

A quelques dizaines de mètres de là, se négocient actuellement l’agrandissement des espaces utilisés par le Stade rennais pour obtenir des surfaces supplémentaires, au détriment de jardins et activités d’agriculture biologique.

Ces exemples démontrent de votre part une approche qui pose sérieusement question sur la façon dont vous abordez les enjeux environnementaux, ce qui prêterait presque à sourire quand nous voyons les affichages écologistes revendiqués par votre majorité.

Pour revenir sur le projet de port à Apigné, le projet de Convention ne porte aucun chiffrage sur les trafics envisagés, les demandes d’accueils, les actions de dépollutions à effectuer.

Tout le monde peut observer à quel point la rive nord de la Vilaine est encombrée de divers pollutions tout le long de la zone industrielle route de Lorient. L’ancien petit chantier naval d’Apigné comporte aussi son lot de pollutions de peintures et autres produits d’entretiens des bâteaux, particulièrement des métaux lourds. Des anciennes carrières de sables désaffectées sont encore encombrées de wagonnets rouillés, de vieilles huiles et autres déchets.

Pour nous, ce constat devrait provoquer une phase préalable de dépollution à tout projet, quel qu’il soit.

Je reviens sur le projet d’ensemble pour dire que nous tenons à défendre l’idée que cette zone naturelle devrait faire l’objet d’actions de restauration, de dépollution, pour que la mise en valeur de son potentiel naturel permette d’offrir un espace préservé, en limite de ville, offrant plutôt des invitations à la découverte qu’un ajout de pollutions.

Au lieu de valoriser la nature en respectant sa configuration, vous préférez la bousculer et la maltraiter avec un plan de type « zone de loisirs » pour touristes et urbains. C’est d’un projet d’amélioration de la qualité des eaux et des espaces naturels que toute cette zone a besoin et non son contraire.

Cette Convention ressemble à un chèque en blanc dénué de toute intention écologiste forte et ambitieuse, c’est pourquoi nous demandons solennellement à l’ensemble du conseil de bien prendre la mesure de ce projet si on se réfère aux urgences climatiques et environnementales qui contribuent à tant de problèmes de santé publique pour l’espèce humaine et de non-respect de la biodiversité, tant aquatique que terrestre. Je rappelle une nouvelle fois que nous avons voté en Juin 2019 une délibération intégrant l’état d’urgence climatique pour la ville de Rennes. Il est clair que pour, nous toute mesure d’aménagement doit être prise à l’aune des indispensables impératifs de cette règle verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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