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Rennes 2030 : « la concertation seule est une machine à fabriquer des déceptions », intervention de Yannick au Conseil Municipal du 10 septembre 2018

Madame la Maire, chers collègues,

L’opération « Rennes 2030 », démarrée il y a plus de 2 ans, prend un nouvel élan en cette rentrée 2018. Les habitants sont appelés à prendre part aux évolutions de la ville, en terme d’aménagement du territoire, de diverses manières. La plus visible étant probablement à République, où est installé le belvédère permettant aux Rennais de voir à 3kms à la ronde.

Cette structure est la plus visible mais aussi la plus symbolique. Elle symbolise votre vision de la démocratie locale basée sur la concertation.

Cette structure marque d’abord votre volonté indéniable de diversifier les modes de concertation et d’essayer d’attirer un maximum de Rennaises et de Rennais à s’intéresser aux évolutions de leur ville. Des plus originales telles que les balades urbaines, l’application RennesCraft, les visites insolites, les cafés débats, aux traditionnelles réunions publiques, vous utilisez diverses méthodes pour faire venir les gens, les faire réfléchir et débattre sur le devenir de leur environnement.

Cette manière de faire n’est pas nouvelle, elle est constitutive de l’esprit de la Fabrique citoyenne. J’anticipe la délibération qui concerne le bilan de la Charte de la Démocratie Locale mais le lien est important entre les deux. Des Conseils de quartier aux Comités consultatifs ou des Conseils locaux aux Rencontres de mi-mandat, le champ lexical de la concertation est omniprésent. « Dialogue citoyen », « échange direct »,  « rencontres », « auditions », « consultation », « information », ces termes reviennent en boucle. Cette vision de l’implication citoyenne s’imprime da

ns les diverses « tables rondes », « balades », « visites », prévues tout le mois de septembre dans le cadre de Rennes 2030.

            Pour nous, si ce travail de fond est nécessaire il n’est pas suffisant. Bien sûr qu’il est indispensable d’inciter les gens à s’intéresser aux affaires publiques mais il faut également leur donner un pouvoir de décision. Discuter et s’informer c’est bien ; décider et départager c’est mieux.

Pourquoi les Rennais et les Rennaises ne sont pas appelé-e-s aux urnes quand il s’agit de projets majeurs pour notre ville ? D’autant que ces projets, comme l’indique l’intitulé « Rennes 2030 », dépassent largement une majorité municipale et le temps d’un mandat. Pour nous, une démocratie locale participative aboutie organiserait la systématisation des votations dès lors qu’il s’agit d’un  projet qui transforme durablement et profondément le quotidien de la population et le visage de la ville.

Bien sûr, le budget participatif est une belle première étape dans ce processus puisqu’il redonne réellement du pouvoir aux citoyens, le nombre de participants en atteste. Nous tenons d’ailleurs à saluer le travail impulsé par le Groupe écologiste sur ce sujet. Cette démarche, au périmètre toutefois limité, est une construction collective où les habitants proposent et décident. Il donne d’une certaine manière « les clefs aux Rennais » pour paraphraser Monsieur le Premier adjoint dans une interview récente à Ouest-France.

A contrario, la concertation seule n’a pas pour effet de « redonner les clefs ». C’est plutôt une machine à fabriquer des déceptions.

Mettons-nous à la place d’un citoyen sans aucune responsabilité politique. Il participe parfois aux divers temps de concertation organisés par la Ville. Il prend du temps pour comprendre les enjeux, analyser la situation, prendre des informations mais rapidement il remarque que, aussi intéressant soit le sujet, on ne lui demande pas vraiment son avis. On ne lui laisse pas réellement prendre de décision. On l’entend mais on ne l’écoute pas. Bilan des courses, on commence un processus de concertation à 5 ou 600 personnes, comme au Blosne concernant la rénovation du quartier, et on finit en réunion publique à une poignée.

            Cette déclaration politique ne se veut pas accusatrice  mais simplement une inquiétude. Les temps de concertation sont indispensables, en utilisant les méthodes de l’éducation populaire comme vous le faites c’est encore mieux, mais s’ils ne sont pas suivis de temps de prise de décision réelle alors ils seront, probablement à juste titre, vus comme des opérations de communication.  C’est ce vaste défi qui nous attend à l’heure où nous voulons concevoir et organiser une ville de demain pour toutes et tous.

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