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Un Plan de Déplacements Urbains trop incomplet, intervention de Yannick au Conseil de Rennes Métropole du 30 janvier 2020

Monsieur le Président, chers collègues,

Le vote du Plan de Déplacements Urbains (PDU) qui va avoir lieu ce soir est un aboutissement. Évidemment, d’abord, l’aboutissement de plusieurs années de travail approfondi sur les sujets des mobilités et des déplacements qui ont umobilisé de nombreuses personnes ou entités : élus, services, associations, prestataires privés, etc. C’est aussi l’aboutissement d’un mandat. Le sujet des déplacements est particulièrement central  dans les débats des élections municipales de mars prochain. Le vote du PDU intervient donc ce contexte particulier.

Pour ma part, je ne souhaite pas revenir sur l’ensemble des problématiques décrites dans ce document, j’ai déjà eu l’occasion de le faire lors de notre débat de janvier 2019 et, l’élection approchant, les électeurs ont largement de quoi s’informer sur la question. Je m’arrêterai donc sur deux sujets en particulier : un sujet de forme et un sujet de fond.

Sur la forme, je constate et regrette un manque chronique de concertation avec les habitants de notre Métropole. Bien sûr, les obligations réglementaires ont été respectées en matière de concertation avec aussi bien la mise à disposition du public des documents, que le recueil de commentaires ou l’organisation de 9 réunions publiques. Face à l’importance du sujet, cela me semble cependant insuffisant.

Le PDU est un document qui engage les 420 000 habitants de la Métropole, et même ceux des alentours, pour 10 ans. Nous le savons ici, solliciter l’avis des citoyens est souvent un exercice difficile, pour autant  nous ne devons pas nous  satisfaire qu’il n’y ait même pas eu une réunion publique dans chaque commune ou qu’il y ait eu seulement 569 observations, soit une pour 600 habitants environ. S’il est évident que les élus, des professionnels et des spécialistes ont une véritable expertise sur le sujet des déplacements, les premiers concernés, les habitants, ont quelque chose que ces premiers n’ont pas : l’expertise d’usage. Cette remarque vaut également pour le « Plan d’Action 2020 » en matière de transports qui sera discuté tout à l’heure. Nous voyons mal à la lecture de ce document quelle est la part de la participation des citoyens dans la définition de la  nouvelle distribution des lignes de bus qui y est proposée.

Sur le fond maintenant, je voudrais m’arrêter quelques instants sur un sujet : celui du RER Métropolitain. Je constate un léger infléchissement dans la dernière version du PDU puisque le projet porté par la région dit de « 2 trains sur la même voie » est intégré dans ce PDU. Cette innovation permettrait de gagner une trentaine de trajets supplémentaires par jour alors qu’il en existe entre 150 et 200 aujourd’hui. C’est donc de toute évidence une réelle avancée.

Cependant, s’il s’agit d’une avancée, je considère qu’il ne peut pas s’agir d’une fin en soi. Le  défi climatique, la croissance démographique sur notre territoire ainsi que les évolutions du monde du travail obligent à corriger notre vision. On ne peut pas se satisfaire d’ici 2030 de de ce nombre de 30 départs supplémentaires de trains aux heures de pointe le matin et le soir. Il faut dès aujourd’hui planifier, du fait des contraintes et de la complexité d’un tel projet,  la mise en service dans la prochaine décennie d’un service de RER régulier, toute la journée, le soir et les weekends aussi, pour offrir une véritable alternative à la voiture aux habitants de l’extra-rocade mais aussi de l’extra-métropole. Le train doit devenir un moyen de déplacement simple et basique. Aujourd’hui, une personne qui ne travaille pas à des horaires de bureau ou qui souhaite sortir le soir ou le dimanche ne peut quasiment pas se déplacer en train. À l’horizon 2030 le train doit être adapté  aux modes de vie des habitants.

Bien sûr, un véritable RER métropolitain nécessiterait de lourds travaux pour doubler voire tripler des voies dont en premier lieu la ligne de Châteaubriant, pour installer une ou 2  nouvelle(s) halte(s) ferroviaire(s) à l’Ouest de Rennes et revoir celle de la Poterie, pour construire de nouveaux garages à trains, pour aménager des parkings-relais dans les 16 communes de la Métropole où passe le train. Oui, tout ça prendra des années et coûtera des centaines de millions d’euros (entre 500 M€ et 900M€ selon les différentes sources). C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de se mettre à la table des négociations avec la SNCF, la région et l’État dès maintenant. Notre Métropole a financé une seconde ligne de métro à 1.3 milliard d’€ sur la ville de Rennes, il nous revient désormais d’offrir des transports structurants à l’ensemble de la Métropole.

Voilà, je tenais à partager ces réflexions avec vous, j’ai la conviction que la crise climatique que nous traversons nécessite des réponses qui bousculent profondément la nature de nos décisions. Pour toutes ces raisons et celles évoquées lors de notre débat précédent, je m’abstiendrai sur ce PDU.

 

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